Il y a quelques jours, sur le plateau de Quotidien, Mélissa, participante à la nouvelle saison de la Star Academy, a admis avoir créé la « trend » TikTok Masta dinguerie.
Et là, quelle ne fut pas la surprise de beaucoup de personnes noires, en Île-de-France comme ailleurs, de la voir acquiescer lorsqu’on lui a dit qu’elle était la créatrice de la trend « Masta dinguerie », voire même du terme lui-même.
Cette déclaration a suscité la colère de nombreuses personnes noires sur les réseaux, auxquelles on a souvent répondu : « Mais non, ce n’est pas si grave », « Vous en faites trop », « Ce n’est pas si profond. »
Pourtant, les mots ont une histoire. Les mots ont une signification. Les mots ont un sens.
Un mot comme « Masta dinguerie » n’est pas un mot vide. Il porte un poids social, culturel et historique. Il s’inscrit dans une époque, dans un vécu, dans une manière de parler qui a longtemps été stigmatisée et dévalorisée, notamment chez les jeunes femmes noires.
Alors, quand des personnes non noires, voire blanches, se réapproprient ce terme, le dépouillent de son sens et le rendent « cool », cela pose problème. Parce qu’à force d’être repris, vidé et banalisé, le mot perd sa mémoire, et c’est toute une part de l’histoire sociale des personnes noires en France, particulièrement dans les zones urbaines d’Île-de-France, qui disparaît avec lui.
Cet effacement du sens originel contribue à amoindrir la portée des discours actuels de nombreuses femmes noires. Des mots comme masta dinguerie, niafou, ou d’autres expressions populaires, traduisent pourtant des expériences réelles, tangibles, vécues durant l’adolescence.
Ce n’est donc ni un débat futile, ni une querelle de détails : c’est un sujet profond, qui parle d’identité, de mémoire et de reconnaissance culturelle.
De la même manière que les Ivoiriens ont expliqué le sens de mots comme goumin, certains termes utilisés dans les milieux afro-francophones ont une valeur bien précise, une histoire à préserver.
Pour moi, la gentrification, ce n’est pas seulement la transformation des quartiers populaires ou le déplacement de populations racisées. C’est aussi l’effacement du sens des mots employés par certaines communautés. Et ça, c’est grave.
C’est pourquoi il est essentiel de mettre en place des cercles de transmission culturelle, pour valoriser et transmettre l’histoire sociale et linguistique des personnes noires et racisées en France, à travers les générations.
Comme je l’ai déjà écrit sur mon compte X :
La gentrification ne sert qu’à effacer nos histoires et à annuler toute présence des personnes racisées( que ce soit consciemment ou inconsciemment)
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