Le 25 avril 2026, des attaques coordonnées menées par le GSIM, affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ont frappé sept villes maliennes, dont Bamako. Une alliance inédite et une offensive d’une ampleur sans précédent depuis 2012, qui replongent le pays dans une crise majeure.
Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui au Mali, il faut remonter à 2012. Cette année-là, une coalition de rebelles touareg indépendantistes du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) et de groupes jihadistes, dont Ansar Dine lié à Al-Qaïda, s’empare du nord du pays et proclame l’indépendance de l’Azawad, ce vaste territoire désertique couvrant les régions de Kidal, Gao et Tombouctou.
La France intervient militairement en janvier 2013 via l’opération Serval, puis Barkhane à partir de 2014, pour stopper l’avancée jihadiste. En 2017, les groupes liés à Al-Qaïda fusionnent pour former le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, également connu sous l’acronyme anglophone JNIM), dirigé par Iyad Ag Ghali, figure des rébellions touareg des années 1990 reconverti au jihadisme, aujourd’hui recherché par la Cour pénale internationale.
En 2020, le président Ibrahim Boubacar Keïta est renversé par un coup d’État militaire mené par le colonel Assimi Goïta. Un second putsch en 2021 consolide son pouvoir. La junte opère alors un pivot géopolitique radical : elle exige le départ des forces françaises de Barkhane en 2022 et de la mission de l’ONU (Minusma) en 2023, tout en accueillant les mercenaires russes du groupe Wagner.
En janvier 2025, le Mali quitte la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) avec le Burkina Faso et le Niger, et rejoint l’Alliance des États du Sahel. Entre-temps, Wagner est rebaptisé Africa Corps, placé directement sous l’autorité du ministère de la Défense russe après la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine, en 2023.
Bamako sous pression et une alliance improbable
À partir de 2024, le GSIM change de stratégie. Plutôt que de multiplier les attaques rurales, il ouvre un front économique : il cible les routes commerciales qui relient le Mali à ses voisins , Sénégal, Mauritanie, Guinée et Côte d’Ivoire, afin de couper le pays de ses approvisionnements en carburant.
En juillet 2025, le GSIM frappe les villes de Kayes et Nioro du Sahel, nœuds vitaux de la logistique malienne. Le 3 septembre 2025, le blocus devient total : les jihadistes interdisent les axes routiers vers Bamako. La capitale manque de carburant, les transports s’effondrent, les établissements scolaires et les universités ferment provisoirement.
La junte se retrouve, pour la première fois, assiégée chez elle : la situation est catastrophique.
C’est dans ce contexte délabré que se noue l’alliance la plus inattendue du conflit. Le GSIM, organisation jihadiste prônant l’instauration de la charia, et le FLA (Front de libération de l’Azawad), mouvement laïc et indépendantiste touareg, étaient historiquement antagonistes. Mais face à l’ennemi commun que représente la junte de Bamako et ses alliés russes, ils concluent un accord opérationnel.
La stratégie est claire : occuper l’armée malienne au centre et au sud du pays pour permettre au FLA de reprendre le contrôle du nord.
Une offensive qui change tout
À l’aube du 25 avril 2026, des convois de motos lourdement armés pénètrent dans les faubourgs de Bamako. Simultanément, des explosions retentissent à Kati, ville-garnison abritant le camp Soundiata Keïta, la plus grande base militaire du pays et la résidence du chef de la junte, à Gao dans le nord, à Mopti et Sévaré dans le centre, ainsi qu’à Bourem et à Kidal dans le Grand Nord.
C’est l’offensive la plus coordonnée de toute l’histoire du conflit malien.
À Kati, un kamikaze au volant d’un véhicule piégé détruit la résidence du ministre de la Défense, le colonel Sadio Camara, 47 ans, figure clé de la junte. Il décède de ses blessures. Le président Assimi Goïta assure que la situation est « maîtrisée ».`
À Mopti, le GSIM prend d’assaut la gendarmerie et le commissariat de police. À Gao, la ville tombe aux mains des assaillants, mais l’armée malienne parvient à conserver l’aéroport international de Korogoussou.
À Kidal, le FLA s’empare du quartier général du gouverneur et de la majeure partie de la ville. Les mercenaires russes de l’Africa Corps, assiégés dans leur camp au sud de la cité, négocient un corridor de sortie.
Le 26 avril, environ 400 combattants russes sont évacués sous escorte du FLA, abandonnant sur place des dizaines de véhicules blindés et plusieurs hélicoptères. Les soldats maliens restés sur place sont faits prisonniers. Kidal passe entièrement aux mains du FLA et du GSIM.
Le soir du 25 avril, la junte affirme avoir « maîtrisé » la situation et ne recense que 16 blessés civils et militaires. Le lendemain, le chef d’état-major, le général Oumar Diarra, évoque « plus de 200 terroristes neutralisés ».
En face, le GSIM proclame une « victoire » et remercie publiquement ses « partenaires » du FLA.
La réalité du terrain est sans ambiguïté : en 48 heures, des groupes armés ont frappé simultanément dans sept villes, tué le ministre de la Défense, forcé 400 mercenaires russes à fuir et repris Kidal, bastion symbolique perdu par les rebelles trente mois plus tôt.
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