Islamo-gauchisme, séparatisme : mythe ou réalité ?

4/19/2021

Alors que l’islamo-gauchisme est devenu l’ennemi de la République et le séparatisme est érigé en porte-drapeau de la lutte contre le communautarisme et l’islamisme par une partie de la classe politique ainsi que par le gouvernement et les médias, nous allons nous demander, si ces concepts correspondent à des réalités françaises ou bien à des mythes trompes l’œil d’une triple crise française.

Islamo-gauchisme, origine d’un mythe ? :

Depuis quelques mois, on entend parler d’islamo-gauchisme à tout va, de rapprochement entre les partis de la gauche avec des islamistes dans tous les médias ou presque , par le gouvernement mais qu’en est-t-il réellement ? De quoi parle-t-on ?

Pierre-André Taguieff

L'islamo-gauchisme correspond un néologisme que l’on doit entre autre au politologue et historien des idées, Pierre - André Taguieff qui a participé à sa conceptualisation dans les années 2000. Un néologisme qui suppose une proximité entre des idéologies et partis de gauche avec des milieux dits « islamistes ». Un terme popularisé par l’extrême-droite utilisé par une grande partie de la classe politique et suscite la polémique dans le milieu universitaire.

En effet, lors de la polémique provoquée par Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, autour de l’islamo-gauchisme à l’université, les universitaires ont fustigé une atteinte à leur liberté académique et de recherche.

La réponse de la Conférence des Présidents des Universités ( CPU) ne se fait pas attendre (le 16 Février) et rappelle avec ardeur que «  l’islamo-gauchisme » n’est pas un concept mais une invention de l’extrême-droite. Elle insiste également sur le fait que « l’université n’est pas la matrice de l’extrémisme, ni un lieu où l’on confondrait émancipation et endoctrinement » et regrette la confusion « entre ce qui relève de la liberté académique , de la liberté de recherche [...] de ce qui relève d’éventuelles fautes ou d’infractions ».

Ce qui rappelle que ce concept promu par l’exécutif ne correspond à aucune réalité sociologique mais bien à des idéologies extrémistes stigmatisantes.

Les causes d’un débat irréel :

Emmanuel Macron lors de l'allocution 14 Juin 2020

Ce débat autour de l’islamo-gauchisme englobant celui sur le séparatisme a éclaté suite à l’allocution du Président de la République, Emmanuel Macron, le 14 Juin 2020 intervenant 24 heures après la manifestation contre les violences policières organisée notamment par le Comité Vérité pour Adama, avec en première ligne Assa Traoré.

Rappelons qu’il y a eu, une manifestation historique le 2 Juin 2020 suite à l’assassinat de Georges Floyd par des policiers aux Etats-Unis, faisant écho aux crimes et violences commis par des policiers en France dont la mort d’Adama Traoré en 2016 en région parisienne.

Cela a donné lieu à un questionnement sur la France et son histoire coloniale , le racisme , les violences policières et une mise en lumière des antiracistes.

Le tout ayant mené à ce que le Président de la république prenne la parole à 20 heures, ce fameux Dimanche 14 Juin 2020 pour condamner « racisme de façon incontestable » avant de rappeler que « la lutte contre le racisme ne devait pas servir le communautarisme, le séparatisme, le différentialisme ».

Les mots sont clairs, le séparatisme est posé sur la table. Le communautarisme est nommé comme ennemi de la république, le rapprochement entre mouvement antiraciste et séparatisme est fait .

Les choses s’enchaînent très rapidement par la suite de la dissolution d’association comme BarakaCity à l’annonce d’un projet de loi pour conforter la laïcité et les principes de la république ( la loi sur le séparatisme).

À quoi correspond le séparatisme ?

Le séparatisme correspond à une volonté de séparation politique ou d’autonomie entre une région ou une population avec des idéaux communs , et l’État auquel elle appartient.

Un projet de loi problématique

Cette loi qui a pour but de lutter contre le séparatisme est le prétexte idéal pour pointer du doigt une énième fois la communauté musulmane en France :

Fermeture de mosquées, signature de la « charte des principes » de l’Islam, débat sur le port du voile (encore), des sorties médiatiques scandaleuses d‘Éric Zemmour entre autre, débat à l’assemblée sur le port du voile lors des sorties scolaires. L’Islam et les musulmans occupent 90% de l’espace médiatique, des sorties médiatiques des politiques alors que la France se trouve dans une triple crise sans précédente, que sa jeunesse est dans une détresse sans nom.

Mélanie Luce, présidente de l'UNEF lors d'une manifestation

De plus, des associations emblématiques de gauche comme l’Unef se retrouve dans la tourmente, accusée d’être islamiste et islamo-gauchiste, pourquoi ? Uniquement parce qu’elle a reconnu organiser des réunion en non-mixité sur les questions raciales. Ce qui n’a rien d’extraordinaire.
Une révélation qui a suscité un tel scandale qu’une partie de la gauche s’est désolidarisée de l’association en se disant être en désaccord avec cette manière d’agir.

Scandale dont le Sénat étudiant alors la loi sur le séparatisme s’est emparé pour mettre sur pied l’Amendement UNEF. Amendement voté à l’unanimité, le 1er Avril 2021, donnant la possibilité, à l’exécutif, de dissoudre une association qui organiserait ce type de réunions. Même si le texte a été très critiqué par les communistes et les écologistes, il n’a reçu aucun vote contre.

Islamo-gauchisme , maccarthysme à la française ou trompe-l’œil ?

Maccarthysme à la française :

Au regard de cette année 2020 et de cette première partie de 2021 placées sous le signe de la lutte contre un ennemi de l’intérieur correspondant à un imaginaire de l’extrême-droite, étant islamo-gauchiste, séparatiste et musulman, on peut se demander si la France ne tomberait pas dans un certain Maccarthysme.

En effet, cette loi contre le séparatisme sonne comme une chasse aux sorcières d’un ennemi invisible correspondant à des concepts fallacieux et promus par les extrêmes.

Défendre la communauté musulmane, être antiraciste , être musulman, être de gauche deviennent progressivement les caractéristiques idéales pour être dans la ligne de mire de l’exécutif, les associations se sentent épiées et la liberté de cultes est en danger tant l’exécutif veut contrôler les dogmes religieux.

L’Islam est tourné dans tous les sens devenant le synonyme du danger pour la république oubliant qu’il s’agit d’une religion.

L’islamo-gauchisme comme trompe-l’œil :

Le gouvernement penche progressivement vers un extrémisme dangereux et tombe dans un laïcisme pointant du doigt une partie de la population française comme des pestiférées leur interdisant l’accès à certaines activités, encadrant même la teneur des sermons alors que la France est un pays laïc.

Cette mise en avant du projet de lois et cette focalisation sur la communauté musulmane semble être des trompes-l’œil face à la triple crise ( sanitaire , économique et sociale) que vit la France depuis le début de la pandémie. Effectivement, le gouvernement a beaucoup de mal à se sortir de cette crise sanitaire depuis plus d’un an, fait face à une crise économique sans précédent en France ainsi qu’à des français sous tension. Le débat autour de l’islamo-gauchisme sonne comme une bouffée d’air dans cette atmosphère asphyxiante.

L’autre élément non négligeable est l’agenda politique : les élections présidentielles sont dans moins d’une année. Comme depuis plus de vingt ans, à l’approche des élections présidentielles l’exécutif met l’accent sur le volet sécuritaire, ressort le débat sur la compatibilité entre l’Islam et la république, pointe du doigt les musulmans de France.

Cette fois-ci, c’est bien par le biais de l’islamo-gauchisme et le débat sur le séparatisme que tout cela est fait.

L’islamo-gauchisme ne correspondant à aucune réalité scientifique sonne comme une invention de l’extrême-droite que l’exécutif a embrassé pour servir ses intérêts au détriment des français. En ce qui concerne la séparatisme, malgré son existence conceptuel, il ne correspond à aucune réalité en France et semble être le prétexte choisi par l’exécutif pour avoir la main mise sur les mouvements antiracistes, la gauche et la communauté musulmane en France au nom du respect du pacte républicain.

Queen SUNDA PEDRO .