L’attentat de Nice : Le Procès, où en sommes-nous ?

9/26/2022

Mercredi 14 Septembre , les victimes du tragique attentat de Nice ont enfin pu s’exprimer devant la cour d’assises. Les victimes sont venues témoigner au sujet de cette nuit d’horreur du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais. Parmi elles, certaines n’auraient pas dû être là, ayant réchappé de peu au sort qu’ont connu 86 personnes ce soir-là.

Cour d’Assises spécial de Paris, le 15 Septembre 2022

Pour rappel, le jeudi 14 juillet sur la promenade des Anglais, juste après le feu d’artifice, un camion a foncé dans la foule et son chauffeur a tiré sur la foule avec une arme à feu . Le chauffeur, Mohamed Lahouaiej-Bhoulel, un tunisien de 31 ans a été abattu par les autorités. Le bilan humain rapporte la mort de 86 personnes dont 10 enfants et adolescents, à ces chiffres s’ajoutent les 303 blessés. L’acte terroriste est revendiqué 36 heures plus tard par l’Etat Islamique. Une enquête a été ouverte pour « assassinats et tentatives d’assassinat en bande organisée en lien avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle » et confiée à la section anti-terroriste du parquet de Paris.

Le choix du Président de la Cour d’Assises

Le jeudi 15 septembre dernier, il a été question de la diffusion des images de vidéosurveillance de ce soir-là. Pour le président de la cour, il était important de consulter toutes les parties, d’un côté les avocats des trois accusés, qui ont souhaité ne pas voir ces images diffusées puisqu’elles incriminent leurs clients, d’autre part la partie civile et les parents de victimes. Finalement, le président a tranché et a choisi d'autoriser les images, libre ensuite à chacun de rester pour les regarder. Son choix est motivé par deux raisons, dans un premier temps historique puisque le procès est capté, ce qui est important à une époque où les fake news sont devenues monnaie courante, ces images conservées aux archives constituent donc des preuves tangibles et seront consultables dans 50 ans. La seconde raison repose sur le fait que ces images éclaireront le débat. La cour d’assisses est par ailleurs revenue sur le visionnage de ces images pour les décrypter avec les deux parties et faire éclater de celles-ci la vérité judiciaire qui comptera au moment du verdict pour les accusés qui sont dans le box.

Les premiers témoignages

La semaine dernier , les témoignages des victimes se sont succédé à la cour d’assise spéciale de Paris. Il y a été question de l’horreur des atrocités commises, pour l’un des témoins « on aurait dit une moissonneuse qui passait dans un champ de blé ».

« J’ai eu un choc psycho-traumatique pendant trois ans, c’était limite invivable. Ensuite, j’ai trouvé la bonne méthode, ça m’a soulagé »

Sandrine, rescapée de l’attentat de Nice

Parmi les personnes déjà entendues, on retrouve Sandrine qui témoigne le 20 septembre. Le soir de l'attentat, elle assiste au feu d’artifice avec son compagnon de l’époque. Ils rejoignent ensuite des amis près de l’hôtel Negresco sur la promenade des Anglais. Elle contemple les fumigène lancé depuis la plage avant que l’ambiance générale ne bascule du tout au tout « un monsieur court à contresens et dit ‘c’est le camion’ [...] je ne comprend pas de quel camion il parle [...] mais j’ai le pressentiment d’un attentat donc il faut que je m’enfuie très vite, je pivote et je me met en direction de la plage ». A la suite de son poignant témoignage elle explique : « j’ai eu un choc psycho-traumatique pendant trois ans, c’était limite invivable. Ensuite, j’ai trouvé la bonne méthode, ça m’a soulagé ».

Sandrine fait partie des victimes classées parmi les blessés légers mais dont le traumatisme psychologique a été reconnu. Ainsi lorsque Laurent Raviot, le président de la cour d’assises, lui demande ce que les événements ont altéré dans sa vie, elle lui explique qu’elle n’a pas pu finir son contrat en alternance et qu’elle a obtenu son diplôme grâce « à la compréhension de tous ». Comme elle, ils seront 300 à passer par le box des témoins sur les cinq semaines que le cour d’assises consacre aux parties civiles. Victimes, parents de victimes, survivants, et témoins seront tous entendus afin d’éclairer la situation.

Le démarrage de ce procès marque pour tous le début d’une reconnaissance et la dernière étape du chemin vers la guérison pour les proches de victimes pour qui témoigner à la barre représente un enjeu plus grand que le simple témoignage “ c’est expliqué le mal que [ les accusés] ont fait [...] qu’ils comprendront le mal qu’ils ont fait et qu’ils n’en tireront pas une certaine jouissance en se disant qu’ils ont réussi finalement leur projet” confiait Stéphane Erbs qui a perdu sa femme dans l’attentat. 

Prisca Kitwa