Alors qu’il vient de sortir son nouveau projet « Rap Caviar », celui qui se fait appeler “Quattro Quadra Koraman”, Dribo nous a accordé une interview exclusive. Une interview dans laquelle il revient sur ce “rap caviar”, cette rich music que certains relient uniquement à la frime et à la vantardise, alors qu’elle est bien plus profonde et sonne comme une ode à la réussite et au travail acharné pour atteindre le sommet...

– Pour l’intro de « Rap Caviar », t’as fait appel à Franck Lahoui. Pourquoi c’était important que ce soit lui qui la fasse ?
Pour moi, inviter Franck Lahoui sur l’intro de Rap Caviar était une évidence, car il incarne cette quête d’émancipation, ce chemin intérieur vers le développement personnel, une flamme que je porte et que je défends depuis le début de ma carrière. Sa voix ouvre la porte, donne le ton : celui de la liberté, de la conscience et de l’élévation.
– Qu’est-ce que le « Rap Caviar » et pourquoi ce titre pour ton projet ?
Le Rap Caviar, c’est pas seulement un style musical, c’est une vision. C’est un rap d’émancipation né de rien mais tourné vers le sommet. Il mêle l’exigence du luxe, la précision de la haute couture. Il revendique le fait de viser grand quand on part de rien. Il enseigne que l’élégance n’est pas une question d’origine mais de mentalité. C’est un rap qui élève, qui structure l’esprit, qui invite à penser comme un leader, à créer comme un artiste et à avancer avec noblesse.
À travers ce rap, je parle de réussite, de raffinement et d’ambition, mais surtout de transformation. Je m’inspire de figures qui ont marqué l’histoire par leur audace et leur vision comme Basquiat, Bernard Arnault, Jay-Z, Alain Ducasse & la famille Rockefeller, des personnalités qui ont bâti des empires à partir d’une idée, d’une faim, d’un rêve.
– Est-ce que tu te considères comme le porte-drapeau du Rap Caviar en France, de la Rich Music ?
Oui, clairement. J’assume ce rôle de pionnier. Être le porte-drapeau du Rap Caviar, pour moi, c’est ouvrir une voie nouvelle, donc prouver que le rap peut lier ambition, inspiration et vision.
C’est un art où la forme est ficelée comme une pièce de couture mais où le fond reste central, réel et vivant. Chaque mot porte une idée, chaque image une élévation. Le Rap Caviar ne cherche pas seulement à briller, il cherche à construire. Être pionnier, c’est pas dominer, c’est montrer qu’une autre exigence est fort possible.
– Merci pour la passe sur le fait “d’être premier” ! Dans le projet, un son comme « Batman », qui est un personnage isolé, solitaire et stratège de la pop culture, est-ce que le Rap Caviar raconte aussi la solitude d’un leader ?
Le Rap Caviar raconte clairement la solitude du leader, même quand il parle de réussite, de pouvoir ou de luxe. Les références comme Batman ne sont pas choisies au hasard : ce sont des figures au sommet mais isolées.
Dans le Rap Caviar, le leader est souvent au-dessus (financièrement, symboliquement, médiatiquement), entouré, mais rarement compris, obligé de décider seul, de se méfier, de calculer. Comme Batman, il opère dans l’ombre, stratège, traumatisé, responsable.
Même quand le Rap Caviar brille, il parle en soi de la distance avec les autres, de la paranoïa du succès, de la difficulté de garder des liens sincères quand on devient une figure.

– Tout le long du projet, tu fais des allusions à des choses comme l’argent, le pouvoir. Je ressens beaucoup de projections, notamment quand tu parles de « Business Lounge, Oxford », etc. Est-ce que le Rap Caviar n’est pas une visualisation permanente de la vie que tu es en train de te construire ?
C’est pas seulement une projection vers un futur idéalisé, c’est aussi le reflet d’une réalité que je vis déjà, même partiellement. Quand je parle d’argent, de pouvoir, de business lounge, d’Oxford, je ne fantasme pas une vie totalement extérieure à moi, je décris un entre-deux. Je suis déjà entré dans ces codes, dans ces espaces, dans cet état d’esprit, même si tout n’est pas encore complètement installé.
Ça devient une confirmation autant qu’une visualisation. Je mets des mots sur ce que je touche du doigt : les nouvelles responsabilités, les nouvelles fréquentations, la manière de penser différemment, plus stratégiquement. Actuellement, ma mentalité c’est pas “un jour peut-être”, c’est plutôt “j’y suis déjà un peu, et je sais exactement où ça m’emmène”.
– Tu fais énormément de références à la République démocratique du Congo ou au Quartier Latin. J’aimerais donc savoir à quel point tes origines congolaises ont influencé ta vision de la musique ou bien de l’art en général (celle de créer, de s’habiller, etc.) ?
Mes origines congolaises influencent absolument tout, même quand ce n’est pas frontal. Le Congo, c’est une culture où la musique, l’image, la prestance et le style ne sont jamais secondaires. Des figures comme Koffi Olomidé, Fally Ipupa ont montré que le luxe n’est pas juste une question d’argent mais une attitude, une manière d’occuper l’espace, de se raconter soi-même comme une œuvre.
Quand je pense la musique ou la cover du projet, je pense aussi à ça, au sens du spectacle, de la dignité, du charisme. Le Congo m’a aussi transmis cette idée que créer, c’est se représenter. Bien s’habiller, choisir ses références, parler de certains lieux comme le Quartier Latin, ce n’est pas superficiel, c’est culturel. Dans la culture congolaise, le style est un langage.
– Tu te fais appeler « Dribo Quattro Quadra Koraman », des références régulières à la musique de Koffi Olomidé. Quelle est ta relation avec la musique de Koffi Olomidé et son orchestre ?
Oui, clairement. Koffi Olomidé, c’est un artiste avec qui j’ai grandi, mais plus encore, c’est une présence culturelle. Que ce soit lui en tant qu’artiste ou le Quartier Latin, c’est une musique qui faisait partie du quotidien à la maison, dans les fêtes, dans l’ambiance en général.
Quand je dis Dribo Quattro Quadra Koraman, quand je parle de “suivez le guide”, ce sont des clins d’œil, presque des codes. Pas pour copier, mais pour me situer comme le guide du Rap Caviar.
– À quel point c’est important pour toi de mettre en avant ta culture congolaise ?
C’est essentiel. Ma culture congolaise, ce n’est pas un décor ni un drapeau que je sors quand ça m’arrange, c’est une élégance héritée, une manière de créer, de marcher, de parler au monde.
– Quel a été ton chemin artistique pour ce projet ?
Chaque son a été choisi pour refléter un moment précis : le pouvoir, l’élégance, la stratégie, la solitude qu’il y a derrière.
– Comment tu te définirais finalement pour quelqu’un qui ne te connaît pas ? Est-ce que tu as un dernier mot ?
Si je devais me définir à quelqu’un qui ne me connaît pas, je dirais que je suis quelqu’un qui vient de la faim, pas du confort. Le luxe que tu vois aujourd’hui, il est pas décoratif, il est mérité.
.png)

.png)