Depuis l’élection de Donald Trump en 2025, il a été porté par une promesse : celle d'une renaissance américaine. Pourtant, sur la scène internationale, cette quête de grandeur a rapidement pris une tournure brutale. Des frappes au Venezuela, la capture de son président, des menaces à peine voilées pour acheter le Groenland, le tout sous l'égide d'une doctrine Monroe réanimée de la manière la plus agressive possible.Cette administration a délibérément choisi de piétiner les cadres multilatéraux et les règles du droit international que les États-Unis avaient eux-mêmes contribué à édifier après-guerre.

La doctrine « Donroe » : un impérialisme réinventé du Venezuela au Groenland
Une grille de lecture émerge pour décoder cette politique : la doctrine « Donroe », contraction de Donald Trump et de la doctrine Monroe. Ce n'est pas une simple résurgence, mais une mutation. L'ancien principe du XIXe siècle, qui visait à écarter les puissances coloniales, se transforme en un impérialisme économique du XXIe. Le Venezuela en est la preuve par l'absurde. L’intervention militaire de 2026, aboutissant à la chute de Maduro, fut suivie d'une déclaration troublante de Trump sur la « gestion » américaine des affaires locales et de ses ressources pétrolières. La frontière entre interventionnisme et prédation pure s'efface.
Dans le même temps, la fixette sur le Groenland révèle l'étendue de cette ambition. La proposition d'achat de 2019 n'était qu'un prélude. Durant le second mandat, le discours se fait plus coercitif, flirtant avec des menaces à peine voilées, tandis qu'une propagande symbolique (le drapeau américain sur le Groenland généré par ia par Donald Trump sur X) prépare l'opinion. Cet épisode, loin d'être anecdotique, est révélateur. Il montre un état d'esprit où la planète entière est vue comme un échiquier de possessions potentielles. L'« arrière-cour » de Monroe s'étend désormais aux confins de l'Arctique, et la souveraineté des autres n'y est qu'un droit relatif, suspendu au bon vouloir de Washington.
De l'Irak au Venezuela : la lente agonie du droit international
Continuer sur la trajectoire, de l'Irak au Venezuela, est plutôt révélateur : elle montre une accélération alarmante dans la manière dont le droit international est traité. À l’image, en 2003 de l'invasion de l'Irak par l'administration Bush était largement condamnée comme une violation de la Charte des Nations Unies, manquant d'une autorisation explicite du Conseil de sécurité et bâtie sur des preuves falsifiées. Pourtant, malgré toute son illégalité, cette même administration se sentait encore obligée de jouer la comédie, pour parvenir à leurs fins. Elle assemblait des arguments juridiques, aussi fragiles fussent-ils, invoquant de vieilles résolutions de l'ONU pour habiller ses actions d'un semblant de légalité. Elle payait un tribut verbal à l'idée qu'une justification devant le monde était nécessaire.L'administration actuelle a jeté aux oubliettes cette simple façade. La capture du président vénézuélien, un acte que de multiples instances juridiques condamnent comme une violation flagrante de la souveraineté et de l'interdiction du recours à la force par la Charte de l'ONU, a été suivie non pas d'une justification légale, mais d'une déclaration selon laquelle les États-Unis « géreraient » le pays et ses pétrole. Des conseillers ont ouvertement raillé les « bienséances internationales ». Il ne s'agit plus seulement d'enfreindre les règles ; c'est un message clamant que le livre de règles lui-même est obsolète, un outil réservé aux nations trop faibles pour agir seules. Cette doctrine du fait accompli crée un précédent désastreux. Elle offre à toutes les puissances révisionnistes une excuse toute prête pour justifier leurs propres annexions et agressions, au nom de leur « sphère d'influence » ou de leur sécurité nationale. En sapant les normes, Washington ne fait pas que agir seul – il désarme l'ensemble de la communauté internationale, ouvrant la porte à un retour à un monde où la seule loi est celle du plus fort.
Les conséquences : un monde fragmenté et une paix précaire
Les conséquences de cette ligne unilatérale sont doubles : une instabilité accrue à l'échelle globale et une érosion subtile mais réelle de la sécurité américaine sur le long terme. La première brèche se creuse du côté des alliances. En maniant l'arme de la condescendance et de la menace à l'égard de partenaires historiques comme le Canada ou l'Europe, l’administration Trump actuelle les pousse inéluctablement vers une plus grande indépendance stratégique. Le dénigrement systématique de l'OTAN, pierre angulaire de la sécurité occidentale, illustre cette logique. L'Amérique pourrait ainsi hériter d'un paradoxe : une puissance sans rivale mais profondément isolée, avec peu d'alliances qui a longtemps renforcé son leadership. Pour se prémunir contre les caprices et les pressions d'une superpuissance devenue imprévisible, les autres États sont contraints de renforcer leur outil militaire, de diversifier leurs partenariats, voire d'envisager la dissuasion nucléaire. La doctrine qui promettait la stabilité par la force pure engendre ainsi son contraire : une course aux armements aux ramifications imprévisibles. Enfin, en érigeant la force brute en principe, Washington abandonne de facto le rôle d'arbitre et de garant des règles qu'il avait lui-même contribué à écrire. Il se réduit à n'être que le plus fort dans un système où la coercition l'emporte sur le droit, contribuant à rendre le monde non pas plus sûr, mais simplement plus brutal.
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