L’île-de-France empêche la majorité absolue


A picture taken on June 7, 2022 in Paris shows Left wing coalition Nupes (Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale – New People’s Ecologic and Social Union) logo, ahead of France June 2022 legislative elections. (Photo by Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP)

Ensemble ! devra se contenter d’une petite majorité relative compliquant grandement la façon de gouverner. Des compromis et des arrangements vont-être nécessaires pour ne pas bloquer le pays. Sur 577 possibles, la coalition NUPES, emmenée par Jean-Luc Mélenchon, a obtenue 131 sièges, soit 31,6% des voix. Chaque vote obtenu éloignait un peu plus la coalition présidentielle de la majorité absolue, la limitant au final à 245 sièges soit un plus de 38% des suffrages exprimés. C’est la deuxième fois que le parti présidentiel n’obtient pas de majorité absolue aux législatives de l’histoire de la Ve République (la première étant en 1988 sous Mitterrand).

Jean-Luc Mélenchon

Tout d’abord, revenons le 10 avril dernier, jour du premier tour des présidentielles 2022. La région île de France avait déjà hissé Jean-Luc Mélenchon en tête avec 30,24% des suffrages, devant Emmanuel Macron et Marine Le Pen. En effet, Jean-Luc Mélenchon avait obtenu plus de 61% à Saint-Denis et plus de 60% à Bobigny par exemple. Comme un présage de ces législatives, ce 10 avril représente les prémices d’une région qui compte bien faire entendre son mécontentement. Paradoxalement à la réélection de Valérie Pécresse à la tête de la région en 2021, la politique socialiste (voire extrême) semble aujourd’hui plus d’actualité pour la ville de Paris mais surtout pour ses banlieues. Depuis un bon moment, la légendaire “ceinture rouge” de Paris n’avait de rouge que le nom.

Pourtant, les élections présidentielles ainsi que les législatives prouvent bien que la couronne se remet à honorer ses valeurs passées. Mais d’où vient ce revirement politique? À l’heure où les banlieues se sentent de plus en plus délaissées par les différentes réformes et décisions politiques sous Emmanuel Macron, la colère se traduit comme souvent par une déviation vers les extrêmes. Si Jean-Luc Mélenchon n’est plus “réellement” considéré comme de l’extrême gauche, il reste la figure de proue d’une politique sociale poussée et d’une redistribution des richesses. (Notons que la popularité de Fabien Roussel, candidat communiste, n’a jamais été aussi importante.) SMIC mensuel à 1500€ ou encore instaurer un quota maximal de contrats précaires dans les entreprises, ce sont le genre de mesures séduisantes pour les zones les moins confortables ou les gens sont obligés d’enchaîner des petits boulots sans stabilité (et souvent faiblement payés) pour subvenir à leurs besoins. Après la crise sanitaire de la COVID, il semblerait que les valeurs humaines soient plus attrayantes que les réformes économiques. C’est la raison pour laquelle la proposition de la NUPES de reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle par exemple, contribue à cette tendance.

Pour conclure, si la NUPES a pu faire trembler la coalition présidentielle durant ces législatives, c’est en grande partie dû au sentiment de “ras le bol” émanant des lieux défavorisés et des discours forts de Jean Luc Mélenchon et des autres symboles socialistes (ou globalement de gauche). Ce qui est d’autant plus intéressant que sur plusieurs échéances récentes, ces endroits s’étaient plutôt faits remarquer pour des taux d’abstentions records (comme aux régionales de 2021 par exemple).

La suite des événements s’annonce donc compliquée pour la macronie. La première ministre Elisabeth Borne a entamé une suite d’entrevues avec les représentants de tous les pouvoirs politiques de l’assemblée nationale en espérant dénicher des soutiens. Si Ensemble ! possède le plus de sièges, il semblerait que cela soit à eux de faire des concessions dorénavant.

Enzo Paepegaey