L’opération militaire américaine ayant conduit à la capture du président controversé vénézuélien Nicolás Maduro, le 3 janvier 2026, a créé un choc à l’international. Pour la France, cet événement sans précédent soulève des questions fondamentales sur la défense de l’ordre international, expose ses divisions politiques intérieures, que ce soit à droite ou à gauche, et la force à reconsidérer sa place dans un monde où la loi du plus puissant semble triompher.
Une diplomatie en porte- à-faux: un double langage qui suit Washington

La réaction officielle de la France à l’événement a évolué en quelques jours, reflétant la difficulté de sa position. Dans un premier temps, le président Emmanuel Macron a déclaré que le peuple vénézuélien, « libéré de la dictature », « ne pouvait que se réjouir » de la chute de Maduro, sans mentionner l’intervention américaine. Cette prise de position, perçue comme un alignement sur Washington, a provoqué une vague de critiques au sein de la classe politique française.
Face à la polémique, l’Élysée a clarifié sa position. Le 5 janvier, par la voix de sa porte-parole Maude Brégeon, Emmanuel Macron a précisé que la France « ne soutenait ni n’approuvait la méthode employée », tout en réaffirmant son attachement au droit international et à la liberté des peuples,en somme, rien de bien tranché. Cette correction a souligné un discours ambigu auquel est confrontée la diplomatie française : exprimer son hostilité de principe à un coup de force contre la souveraineté d’un État, tout en s’exprimant sur un dirigeant dont le régime était condamné pour son autoritarisme.
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait d’ailleurs adopté une posture similaire sur X. Dans un premier temps, il avait critiqué le dirigeant vénézuélien et la confiscation du « pouvoir au peuple ». Puis il a fermement condamné une opération militaire qui « contrevient au principe de non-recours à la force, socle du droit international », rappelant « qu’aucune solution politique durable ne peut être imposée de l’extérieur ». Cette défense des principes multilatéraux contraste avec la vision ouvertement impériale et prédatrice exposée par l’administration Trump, qui a justifié son action par des accusations de « narcoterrorisme », tout en annonçant son intention de « diriger » le Venezuela et de prendre le contrôle de ses immenses réserves pétrolières.
Souveraineté ou dictature: le dilemme de la classe politique française
L’événement a agi comme un révélateur puissant des fractures de la scène politique française. La gauche, de La France insoumise (LFI) au Parti communiste, en passant par les socialistes, a vivement dénoncé à la fois l’action américaine et la première réaction de Macron. Jean-Luc Mélenchon a parlé de « journée noire » pour le pays, accusant le président d’« abandonner le droit international » et de réduire la France à l’état de « vassale » des États-Unis. Plus d’un millier de personnes ont d’ailleurs manifesté à Paris contre cette « invasion », notamment place de la République, où l’on a aperçu des individus brûler le drapeau américain. Cela exprime la crainte de voir se normaliser le renversement par la force de gouvernements.
À droite et à l’extrême droite, les réactions ont été étonnamment plus diverses, tiraillées entre le rejet de la dictature maduriste et l’attachement à la souveraineté des États. Marine Le Pen a ainsi estimé qu’il y avait « mille raisons de condamner le régime », mais que la « souveraineté des États n’est jamais négociable ». Renoncer à ce principe, a-t-elle averti, « c’est accepter demain notre propre servitude ». Jordan Bardella a également mis en garde contre une application « sélective » du droit international. Du côté des Républicains, Bruno Retailleau a semblé plus conciliant avec l’action de Trump, évoquant la nécessité d’une « réponse ferme » au trafic de drogue, tout en rappelant le caractère « sacré » de la souveraineté.
Ces clivages montrent que l’affaire dépasse le simple cadre de la politique étrangère. Elle touche à la conception que chaque famille politique se fait de la souveraineté nationale, de l’alliance atlantique et du rôle de la France dans le monde. La réaction initiale de Macron, perçue comme peu courageuse, a été exploitée par ses opposants pour illustrer ce qu’ils considèrent comme une perte d’influence et d’autonomie stratégique de la France.
Face à ce nouveau monde, les appels se multiplient en France pour une prise de conscience stratégique. Gabriel Attal a ainsi exhorté les Européens à s’adapter pour ne pas être réduits au rôle de « spectateurs impuissants ». Du côté de l’extrême droite, la position de Jordan Bardella illustre une contradiction frappante. Le député européen du Rassemblement national a en effet appelé à un « réarmement » de la France et au renforcement de l’Europe face à cette action américaine. Cette posture apparaît pour le moins surprenante venant d’un parti qui a constamment cultivé la méfiance envers les structures de défense européenne et affiché des sympathies répétées envers d’autres régimes autoritaires dans le monde. Le choc de Caracas pourrait bien être cet électrochoc qui précipite cette prise de conscience douloureuse mais nécessaire.
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