Depuis ce mardi 13 janvier 2026 et jusqu'au 12 février, Marine Le Pen comparaît devant la cour d'appel de Paris. L'ancienne candidate à la présidentielle y conteste sa condamnation pour détournement de fonds publics européens, une affaire emblématique qui met en lumière les pratiques financières de son ancien Front national. Plus qu'une simple procédure, ce nouveau procès représente l'ultime barrière ou la dernière marche vers l'élection présidentielle d'avril 2027.

Une stratégie de défense en pleine volte-face
Ce mardi 15 janvier a été marqué par un infléchissement notable dans la ligne de défense de Marine Le Pen. Lâchant la rhétorique de la persécution politique et des « juges partisans » qui avait échoué en première instance, l’élue a adopté un ton plus conciliant. Devant la cour, elle a prononcé des mots inédits : « Si un délit a été commis et tout le monde semble dire qu’un délit a été commis je veux bien l’entendre ».Ce début de mea culpa , selon les observateurs, contraste avec son attitude passée. Elle ne nie plus frontalement les faits mais tente de déplacer le débat sur le terrain de la conscience et de la responsabilité institutionnelle. Son argumentaire se résume désormais ainsi : elle et ses collègues n’avaient pas le sentiment de commettre un délit, et le Parlement européen, selon elle, aurait failli à son rôle d’alerte en ne signalant pas plus tôt les irrégularités. Une manœuvre qui vise moins à plaider l’innocence qu’à obtenir une réduction de sa peine, seule condition pour espérer redevenir candidate en deux mille vingt-sept.
Cette stratégie de diversion a trouvé écho, jeudi 15 janvier, dans une annonce de la cour. Celle-ci a en effet estimé possible de revoir à la baisse le nombre de contrats d'assistants parlementaires européens examinés, excluant a priori ceux de l'année 2016, comme le réclamait la défense. Cette décision procédurale, présentée comme une petite victoire par le camp Le Pen, ouvre une bataille de chiffres cruciale. En effet, le montant final des sommes détournées et donc la sévérité potentielle des peines en dépend directement. Le parquet général a lui-même estimé que le tribunal en première instance avait peut-être « surestimé » son champ d’investigation. Pour la défense, l’enjeu est de grignoter millier d’euros après millier d’euros le préjudice, afin de minimiser la gravité de l’infraction. Cette bataille d’experts-comptables ne doit toutefois pas faire illusion : elle ne remet pas en cause le cœur du système frauduleux, mais tente d’en atténuer l’ampleur financière.
Le cœur de l’affaire : un système organisé de captation de fonds publics
Derrière ce changement tactique se cache une accusation d’une extrême gravité. Entre deux mille quatre et deux mille seize, le parti aurait mis en place un système organisé pour détourner les fonds alloués par le Parlement européen à la rémunération d’assistants parlementaires. Ces collaborateurs, payés par les deniers publics européens, n’auraient en réalité jamais ou presque travaillé pour l’institution strasbourgeoise, mais exclusivement pour le compte du RN ( FN à l’époque)en France.Le dossier d’instruction, fruit de dix années d’enquête, est accablant. Il repose sur une masse de preuves : échanges de mails compromettants, témoignages d’anciens cadres et même des aveux partiels. Les juges de première instance avaient relevé que lors d’une réunion en deux mille quatorze, Marine Le Pen elle-même avait demandé aux eurodéputés de lui donner « une délégation pour embaucher des assistants », centralisant ainsi le dispositif. L’exemple le plus flagrant reste celui du majordome de Jean-Marie Le Pen, rémunéré comme assistant parlementaire tout en servant dans la propriété familiale, sans jamais avoir mis les pieds au Parlement européen.Le jugement du 31 mars 2025 avait été sans appel. Marine Le Pen, identifiée comme une « cheville ouvrière » du système, a été condamnée à une peine de prison assortie d’une amende, et surtout à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Cette dernière clause, appliquée immédiatement, la prive de fait de toute candidature à la présidentielle de deux mille vingt-sept, sauf renversement en appel.
Le réveil critique d’une opposition longtemps timorée
L’ouverture de ce procès en appelle a enfin libéré une parole critique plus ferme d’une partie de la classe politique française, qui contraste avec les réactions souvent timides face à la montée du RN.La gauche de gouvernement et les écologistes ont salué le rappel à l’ordre de la justice. Marine Tondelier, a fermement rappelé le principe d’égalité devant la loi : « Elle est une justiciable comme les autres. Quand on donne des leçons d’exemplarité à tout le monde, on doit commencer par se l’appliquer à soi-même ». Pour elle, l’inéligibilité est une disposition prévue par la loi, que Marine Le Pen n’a pas contestée en son temps.La France insoumise (LFI) a adopté une position plus ambivalente, révélatrice des fractures de la gauche. Le parti a reconnu dans un communiqué que « les faits qui se sont déclarés avérés sont particulièrement graves ». Toutefois, Jean-Luc Mélenchon a immédiatement nuancé ce propos en affirmant sur les réseaux sociaux que « la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple », un discours qui frôle étrangement la rhétorique « anti-système » du RN lui-même. Ces multitudes de réactions démontre que le procès Le Pen agit comme un catalyseur, forçant chaque camp à définir sa ligne de fracture fondamentale avec l’extrême droite.
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